prison & Littérature

Paul verlaine : son rapport à la prison

 

Paul Verlaine a mené une vie tumultueuse et instable, si bien qu’il a fini en prison. Ce séjour dans l’univers carcéral l’a profondément changé et a fortement influencé son œuvre.

 

Le poète a été incarcéré pour avoir tenté d’assassiner son amant Arthur Rimbaud. Lors d’un voyage à Bruxelles des deux amis, Verlaine tire sur Rimbaud à deux reprises, un coup le manquant et l’autre le blessant légèrement au poignet. Il était sous l’emprise de l’absinthe au moment des faits. Le poète était en effet alcoolique, et la consommation d’absinthe le faisait rentrer dans des crises de violences à la limite de la folie. Bien que Rimbaud ait retiré sa plainte, Verlaine est tout de même jugé et condamné à deux ans de prison à Mons en Belgique.

 

Durant ces deux années il va écrire un recueil qu’il appellera « Cellulairement », composé de 32 poèmes. A sa sortie il décidera cependant de ne pas publier le recueil, se contentant d’intégrer les poèmes dans ses recueils suivants aux côtés d’autres poèmes. Ces textes traitent de divers sujets, notamment de sa vision de la prison de Mons, mais aussi de sa reconversion au catholicisme suite à une illumination dans sa cellule. C’est aussi durant son incarcération qu’il va apprendre que sa femme Mathilde a réussi à obtenir le divorce. Son séjour en prison a ainsi changé sa vie : il a retrouvé la foi, il s’est séparé de sa femme et de son enfant et son histoire d’amour avec Rimbaud s’est terminée.

 

Parmi les poèmes que Verlaine a écrit derrière les barreaux on retrouve « Le ciel, est par-dessus le toit » du recueil Sagesse :

 

 Le ciel est, par-dessus le toit,

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau sur l’arbre qu’on voit

Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,

Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

Vient de la ville.

– Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

De ta jeunesse ?

 

Dans les derniers vers, la culpabilité que l’auteur ressent pour avoir blessé son compagnon se fait fortement ressentir. Mais en même temps, le tableau que le poète dépeint de la prison se veut calme et doux.

C’est la même impression qui est racontée dans son poème « J’ai naguère habité le meilleur des châteaux », où il décrit la prison de Mons comme un château paisible, propice à la réflexion et à la prière, éloigné des pêchés de sa vie d’avant. Il explique que la prison « s’emplissait tout le jour de silence et d’air pur / Pour que la nuit y vînt rêver de pâle azur. ». Et il va jusqu’à écrire « Et je n’ai jamais plaint ni les mois ni l’espace, / Ni le reste, et du point de vue où je me place, / Maintenant que voici le monde de retour, / Ah vraiment, j’ai regret aux deux ans dans la tour ! ».

 

Plus tard, Paul Verlaine a écrit Mes prisons, un texte autobiographique où il raconte les différentes « prisons » dans lesquelles il est allé. Que ce soit dans le cachot pour le punir quand il apprenait mal ses leçons au lycée ou durant ses arrestations au cours de ses voyages, on découvre la vie mouvementée d’un artiste maudit. Dans les dernières lignes, il écrit aux forces de l’ordre « courez donc sus aux malfaiteurs si vous l’osez, et laissez les poètes tranquilles. Ils ne vous regardent pas, dans les deux sens du verbe. ».

 

 

Paul Verlaine s’éteint en 1896 et laisse derrière lui une œuvre très fournie qui a inspiré ses contemporains, comme Hugo ou Mallarmé, mais aura surtout une forte influence pour les générations suivantes. 

 

 

 

 

Source photo : franceculture.fr