Histoire de la prison moderne : du châtiment à la réinsertion

" Le sens de la peine n'est pas de fabriquer des monstres le sens de la peine est de leur permettre de devenir des citoyens réinsérés", rappelle Isabelle Lorents, directrice de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, dont le taux d'occupation est de 190%. Par ce rappel, Isabelle Lorentz souligne à la fois le rôle de la prison moderne, celui de réinsérer, et ses dérives, dont fait partie la surpopulation.

 

Pourtant, la fonction de la prison n'a pas toujours été de rendre l'homme meilleur. Il s'agit alors de retracer l'histoire de la prison moderne, du XVIIIe siècle à nos jours, en analysant les différents rôles qu'ont incarnés la peine carcérale, ainsi que les perceptions des détenus qui en découlèrent.

Le XVIIIème siècle : la souffrance au cœur de la peine

Au début du XVIIIème  siècle, il est difficile de dresser un portrait unifié du paysage carcéral tant les prisons sont nombreuses, plus de 10 000, et organisées selon des juridictions différentes (royale, municipale, ecclésiastique…). Par exemple, les prisons royales sont généralement vastes et bien entretenues, quand les prisons municipales sont souvent surpeuplées et en manque d’entretien.

 

Cependant, de ce système pénitentiaire hétérogène, se dégage un trait commun : le rôle de la prison est non seulement de punir, mais aussi de faire souffrir. Les prisonniers sont avant tout considérés comme des coupables, qui doivent payer pour leur faute. Ainsi, les détenus sont soumis à des supplices physiques, en plus d’être emprisonnés dans des conditions d’hygiène dégradées.

 

Michel Foucault  ouvre son essai  Surveiller et punir  par le châtiment du détenu Damiens, en 1757, qu’il décrit en ces termes : «  on l’écartela […], on fut obligé pour démembrer les cuisses du malheureux, de lui couper les nerfs  ». Cet exemple signale ainsi que peine d’emprisonnement et de châtiment sont deux outils complémentaires de la justice pénale du XVIIIème  siècle.

De la Révolution au XIXème siècle : dissuader plus que punir

La Révolution marque alors un point de bascule. Elle reprend le  Traité des délits et des peines  écrit par Cesare Beccaria en 1764, et homogénéise ainsi le fonctionnement des prisons en France. En particulier, le principe de douceur des peines est repris par les révolutionnaires et met fin aux supplices, dans l’idée que les peines n’ont plus pour fonction d’imposer une douleur insurmontable aux corps. En revanche, l’enfermement qui était auparavant une peine extraordinaire s’applique désormais de manière quasi-systématique aux petites et moyennes infractions.

 

Dans cette perspective, si la prison qui se développe au début du XIXème  siècle n’a plus pour objet de châtier, elle garde une fonction dissuasive. En effet, les détenus sont perçus comme corvéables et punissables, et sont donc traités comme tels. La  Réforme des prisons  de 1838 impose ainsi le silence aux prisonniers, neuf heures de travail par jour, et le lever au tambour.

 

Pour autant, le système carcéral de l’époque commence à transmettre des règles de propreté aux prisonniers, comme le lavage de mains obligatoire. Par cette logique hygiéniste, la prison cherche à « assainir » les détenus, au propre comme au figuré, et prend progressivement une fonction éducatrice.

Cette transformation progressive du sens de la peine se manifeste dans la forme même de la prison. En effet, la loi du 5 juin 1875 généralise la prison cellulaire, c’est-à-dire des cellules individuelles, chauffées et éclairées : une nette amélioration, pour l’époque. Et ce changement n’est pas seulement formel, car il signe un début de prise en compte de la dignité du prisonnier, donc un changement dans la manière dont il est perçu.

La Révolution marque alors un point de bascule. Elle reprend le  Traité des délits et des peines  écrit par Cesare Beccaria en 1764, et homogénéise ainsi le fonctionnement des prisons en France. En particulier, le principe de douceur des peines est repris par les révolutionnaires et met fin aux supplices, dans l’idée que les peines n’ont plus pour fonction d’imposer une douleur insurmontable aux corps. En revanche, l’enfermement qui était auparavant une peine extraordinaire s’applique désormais de manière quasi-systématique aux petites et moyennes infractions.

 

Dans cette perspective, si la prison qui se développe au début du XIXème  siècle n’a plus pour objet de châtier, elle garde une fonction dissuasive. En effet, les détenus sont perçus comme corvéables et punissables, et sont donc traités comme tels. La  Réforme des prisons  de 1838 impose ainsi le silence aux prisonniers, neuf heures de travail par jour, et le lever au tambour.

 

Pour autant, le système carcéral de l’époque commence à transmettre des règles de propreté aux prisonniers, comme le lavage de mains obligatoire. Par cette logique hygiéniste, la prison cherche à « assainir » les détenus, au propre comme au figuré, et prend progressivement une fonction éducatrice.

Cette transformation progressive du sens de la peine se manifeste dans la forme même de la prison. En effet, la loi du 5 juin 1875 généralise la prison cellulaire, c’est-à-dire des cellules individuelles, chauffées et éclairées : une nette amélioration, pour l’époque. Et ce changement n’est pas seulement formel, car il signe un début de prise en compte de la dignité du prisonnier, donc un changement dans la manière dont il est perçu.

Cette amélioration matérielle se heurte pourtant à des critiques, car selon certains, les détenus auraient moins faim, moins froid que beaucoup de pauvres. Mais ces remarques sous-tendent qu’il est juste qu’un condamné souffre plus que les autres hommes. Ceci interroge alors sur le sens de la peine : son but est-il de faire souffrir ?

Les XXème et XXIème siècles : humanisation dans la surpopulation

Au XXème  siècle, la population pénitentiaire enfle au gré des guerres, et en particulier, suite à la libération de 1944, qui fait emprisonner nombre de collaborationnistes. Ainsi, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les prisons sont surpeuplées (66 000 prisonniers contre 18 000 en 1939) et les détenus vivent avec des installations sanitaires datant souvent du XIXème  siècle.

 

C’est dans ce contexte qu’en 1945 s’impose la réforme Amor, qui établit une politique d’humanisation des conditions de détention et rappelle les fonctions de la peine. La prison a pour but « le reclassement social des condamnés », c’est-à-dire leur réinsertion dans la société.

 

Affirmer dans un texte de loi que la prison doit rendre le détenu meilleur marque une rupture, car la peine passe de punitive à corrective. Cela fait écho aux travaux de Michel Foucault, pour qui la peine ne vise plus seulement le  corps  du détenu en le privant de liberté, mais elle se saisit aussi de son  âme  en tentant de le rendre capable de vivre légalement.

De cette réforme, découle aussi un changement de perception vis-à-vis des détenus. En effet, elle suggère que la délinquance n’est pas un trait naturel, mais qu’elle est plutôt produite par un environnement social : elle est donc déconstructible.

 

Depuis la fin du XXème  siècle jusqu’à nos jours, l’évolution des prisons est marquée par une volonté d’humanisation de la peine carcérale. C’est ce dont témoignent les principales mesures prises depuis les années 2000 : développement des aménagements de peine (semi-liberté, placement extérieur…), ou encore lutte contre la surpopulation carcérale (Plan des 15 000 places…).

Mais malgré ces tentatives d’amélioration des conditions de détention et de réinsertion, la surpopulation reste un enjeu majeur, le taux d’occupation des prisons en 2024 étant de 127 %. Par ailleurs, ce mouvement d’humanisation des prisons continue de se heurter à un mouvement sécuritaire, favorable à un durcissement du traitement des détenus. Éric Ciotti, des Républicains, plaide par exemple pour un « choc d’autorité et de sévérité ». Ce courant s’inscrit dans une tradition politique qui, à droite, fait des peines fermes un outil de dissuasion et un pilier de l’autorité de l’Etat.

 

Dès lors, l’histoire de la prison moderne est certes marquée par nombre d’évolutions : ses  fonctions  passent de punitives à correctives, ses  objets  passent du corps à l’âme, et ses  détenus  passent de coupables à réinsérables. Pourtant, presque invariablement du XVIIIème  siècle à nos jours, la prison cristallise deux courants antagonistes : un élan d’humanisation, et un élan de sévérité.


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Sources

Surveiller et punir, Michel Foucault, 1975

Histoire des prisons et de l’administration pénitentiaire française de l’Ancien Régime à nos jours, Christian Carlier, 2009

 

La réforme d’administration pénitentiaire Amor de mai 1945, Hinda Hedhili-Azéma, 2019

 

- Vie publique:

1 - “Politiques pénitentiaires: chronologie”

2 - “Conditions de détention : une situation encore dégradée en 2023”

3 - “Les mesures alternatives à la prison”