Conférence Marc Sluse à l'EDHEC

Conférence Marc Sluse à l'EDHEC

 

 

Un homme qui aide les autres à s’évader et qui s’évade lui-même par la lecture.

 

 

Lors d'une conférence très poignante, Marc Sluse a su tenir en haleine son auditoire. Cet homme hors du commun nous a livré le témoignage de sa vie avant de vivre un temps d'échange avec l'auditoire et de répondre à différentes questions. 

 

Son enfance 

 

Pour comprendre qui est Marcus, il est indispensable de se plonger dans son enfance. Une enfance douloureuse qui a façonné l’homme qu’il est aujourd’hui.

 

Né en 1955 en Belgique, Marcus passe la majeure partie de son enfance dans un orphelinat. Il rencontre de nombreux couples mais aucune des démarches d’adoption n’aboutit. L’espoir de vivre dans une famille s’évanouit à chaque fois. Ces évènements le plongent dans un immense sentiment d’abandon.

 

Finalement, alors qu’il n’y croit plus, un couple l’adopte enfin. Commence alors pour lui une nouvelle vie. Il passe de l’enfer au paradis. Il voyage à travers l’Europe avec sa nouvelle famille.

 

Cette vie va s’interrompre brutalement. A 13 ans, il traverse une période difficile de remise en question. Il décide de s’enfuir et rejoint l’orphelinat où il a grandi. Mauvaise nouvelle : il n’y a plus de place… C’est donc dans un home pour délinquant qu’il est envoyé. Le calvaire recommence. Cette fois, il est maltraité et même battu par le directeur.

 

A l’école, il parle de son envie de suicide lors d’une expression écrite et est alors renvoyé du home dans lequel il vit. Il est alors privé de la seule chose à laquelle il tient : l’enseignement. 

 

 

 

Ses premières condamnations 

 

Un jour, Marcus récupère et revend les meubles de l’un de ses amis qui voulait les jeter. Ce dernier l’accuse de vol. Marcus vit alors son premier séjour en prison.

 

A sa sortie, Marcus se retrouve terriblement seul. Il n’a nulle part où aller et n’a aucun ami qui l’attend à l’extérieur. Les seules relations qu’il a sont avec les autres détenus. Lors de son séjour en prison, il a côtoyé des criminels qui lui ont appris les techniques pour gagner facilement de l’argent.

 

Il sombre alors dans la délinquance et tombe dans un cercle vicieux de plus de 20 ans.

 

 

 

Quelle vie en prison ?

 

La journée typique d’un prisonnier est extrêmement vide. Les gardiens les réveillent à 6h15 pour vérifier qu’ils ne sont pas morts suicidés pendant la nuit. Deux heures de promenades viennent rythmer leur journée. Le reste du temps, ils n’ont rien à faire.

 

Marcus se réfugie dans la lecture. Comme il ne peut pas s’évader physiquement, les livres lui permettent de s’évader dans un autre univers, celui de la fiction. Pour passer le temps, il apprend par cœur le dictionnaire.

 

 

Les évasions les plus marquantes

 

Un jour, on l’appelle pour solliciter son aide. Deux hommes extrêmement recherchés qui se sont évadés de prison en hélicoptère ont besoin d’être cachés et ont entendu parler de lui. Lorsque Marcus les reconnait, ces derniers prennent peur et veulent le prendre comme otage avant de comprendre que c’est inutile : Marcus est prêt à les aider de son plein gré.

 

Une autre fois, alors que Marcus est en prison, un détenu lui demande de l’aider à s’évader. Le plan est le suivant : lors de la promenade, Marcus lui donne un coup de poing, le détenu tombe et est emmené à l’hôpital où un ami l’attend à moto. Tout se passe comme prévu jusqu’au moment où il doit courir pour rejoindre son ami. Pour faire plus vrai, le détenu avait pris des médicaments le matin même, si bien qu’il est incapable de courir assez vite. De retour en prison, il dénonce Marcus.

 

 

Prison et société

 

Selon Marcus, la prison souffre d’un grand manque d’humanité et infantilise les hommes. Elle gère toute leur vie. Ce qui fait souffrir Marcus, c’est l’ostracisme qu’il vit. Même son frère l’a abandonné et le renie.

 

De plus, les détenus ne sortent pas meilleurs de la prison. Au contraire : à 3 dans 9m2, c’est impossible de bâtir un avenir.  Par ailleurs, beaucoup n’ont rien hors de la prison. Il n’est pas rare qu’un détenu se suicide à quelques jours de sa libération car rien ne l’attend à l’extérieur.

 

Un jour, Marcus a lui-même pensé au suicide après un film qui l’a bouleversé. En revenant dans sa cellule où il devait passer encore de longues années, il décide de passer à l’acte. A ce moment même, la porte de sa cellule s’ouvre : le Pasteur vient voir ce qu’il a pensé du film. Il luit dit alors que sa vie ne lui appartient pas. et que même les chiens ne se suicident pas. Cela achève de convaincre Marcus.

 

Lorsqu’on demande à Marcus s’il a vécu des moments joyeux en prison, il nous répond qu’il en voit un seul : le jour où il a réussi à corrompre un gardien pour qu’il lui apporte une bouteille de vodka…

 

 

Le sens de sa vie

 

Selon Marcus, aider les détenus ce n’est pas cautionner ce qu’ils ont fait. Il est persuadé que c’est le sens de sa vie. Les prisonniers lui rappellent les orphelins avec qui il a grandi. Il est même prêt à sacrifier sa vie personnelle et sa liberté pour les aider. Aujourd’hui encore si on l’appelait, il viendrait. Cela n’a rien d’héroïque pour lui. Il ne fait que son devoir.

 

Un jour à 50 ans, on lui propose de s’investir dans une association. Faire des randonnées avec des personnes à mobilité réduite. Ces personnes vont beaucoup l’aider à vivre hors de la prison.  C’est avec deux membres de l’association qu’il est venu aujourd’hui.

 

Raconter ainsi son témoignage est loin d’être une partie de plaisir pour Marcus. En effet, cela fait remonter des souvenirs qu’il préfèrerait oublier. A chaque fois qu’il témoigne, il ne peut pas trouver le sommeil durant plusieurs jours.

 

En résumé : une conférence touchante et très intéressante qui lève le voile sur le milieu carcéral et ses enjeux.  

 

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Commentaires: 1
  • #1

    marc.sluse@hotmail.fr (samedi, 02 mars 2019 19:18)

    Merci les jeunes pour votre investissement auprès des mineurs prisonniers . Vos actes sortent de la citoyenneté pour devenir Humanitaires . Si j'avais connu pareille rencontre en 1977 , jamais, jamais , je n'aurais été récidiviste . Bonne route à tous " histoire d'en sauver UN " . A+ Marcus

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