Les infirmiers en prison

De manière générale, les infirmiers sont les interlocuteurs privilégiés des détenus avec les surveillants pénitentiaires et les travailleurs sociaux. Leur rôle au sein d’une prison est alors assez primordial. 

 

Les risques du métier

Bien que les infirmiers aient une certaine autonomie dans leur travail sans craindre la routine, ils croulent parfois sous le travail. En effet, ils sont peu nombreux pour le nombre de détenus et sont bien souvent amenés à rencontrer seul chaque détenu. La France compte 49,9 soignants, dont 3,4 médecins, pour 1000 prisonniers. De plus, l’échange est parfois difficile avec les autres services pénitentiaires. Le personnel soignant doit parfois se battre pour se faire entendre. Malgré la nécessité de sa mission, les infirmiers ne sont pas prioritaires sur leurs mouvements. Il arrive qu’un détenu se retrouve Il arrive qu’un détenu se retrouve dans le centre de soin pour avoir la paix. 

En outre, pour travailler en prison, il ne faut pas craindre l’enfermement. Le quotidien des infirmiers en milieu carcéral est derrière les barreaux. Tous les jours, ils passent par le détecteur de métaux, viennent avec le strict minimum pour travailler. Parfois, le personnel médical doit enlever chaussures et ceinture pour accéder à son service. Bien qu’ils travaillent en milieu carcéral, tous leurs mouvements dépendent d’un surveillant à chaque porte qu’ils souhaitent franchir. 

 

Témoignage direct d’une infirmière de Rennes

Stéphanie Delanoe a travaillé pendant 11 ans dans le milieu carcéral en tant qu’infirmière au SMPR (Service Médico-Psychologique Régional) de Rennes sur deux sites, à savoir la maison d’arrêt de Rennes avec essentiellement des hommes et au centre pénitentiaire pour femmes. Cette expérience était, selon elle, passionnante bien qu’à première vue elle puisse être effrayante. Néanmoins, travailler en milieu carcéral n’est pas plus terrifiant que de travailler dans un service d’urgence. Sa mission principale était de prendre soin de la santé psychologique de tous les détenus tandis que d’autres de ses collègues se chargeaient de leur santé physique. L’équipe du SMPR n’était pas seulement constitué d’infirmiers, il y avait aussi des psychiatres et des psychologues. 

Stéphanie a aussi eu l’occasion d’en apprendre plus sur la parentalité en prison. En effet, elle a pu prendre en charge des mineurs dans un quartier pour mineurs qui n’existe plus aujourd’hui ainsi que des femmes étant en pouponnière avec leur nourrisson, des femmes enceintes ou encore en attente de leur accouchement. Elle était d’ailleurs parfois touchée du parcours exceptionnel de certains de ces détenus et de leur force de vie après toutes les épreuves qu’ils avaient vécues. 

« Mon bureau était une cellule, parfois avec des petits rats qui passaient ». Ainsi, travailler en prison est une ambiance particulière. Chaque détenu est amené par des gardiens qui restaient derrière les portes, prêts à intervenir au moindre problème si l’infirmier appuyait sur la sonnette du bureau. C’est un système qui ressemble à celui du militaire qui peut être parfois pesant voir oppressant. 

Pourquoi avoir choisi ce métier en milieu carcéral ? Stéphanie Delanoe avait choisi de travailler dans ce domaine pour découvrir ce monde mais aussi celui de la justice et de la santé. L’une des choses les plus choquantes était, selon elle, les inégalités entre les détenus. Ils sont hébergés par quartier, par origine, par rapport à leurs délits pour éviter la violence ou les émeutes. En outre, les détenus ayant plus de moyens financiers peuvent « cantiner » ps4, vêtements de marque de sport, foie gras, ce qui n'est pas le cas d’un détenu isolé sans famille et sans argent, à tel point que certains demandaient aux infirmiers des cigarettes. Le rôle de l’infirmier peut parfois être assimilé à celui d’écrivain public. 

Enfin, Stéphanie nous a conté l’anecdote suivante : elle suivait un détenu qui avait provoqué un incendie volontaire d’une maison bourgeoise après une déception amoureuse. Celui-ci était déprimé, isolé, alcoolique et en attente de son procès. Néanmoins, il a commencé peu à peu à reprendre goût à la vie en préparant une recette toutes les semaines qu’il remettait à la fin de chaque entretien avec elle. Le week-end Stéphanie faisait donc la recette et la semaine suivante elle lui faisait part de ses commentaires. Il s’agissait en fait d’un ancien chef cuisinier qui travaillait dans de beaux restaurants. Ainsi, parler de cuisine lui permettait de s’évader et de renaitre tel un Phoenix. 

Pour conclure, soigner derrière les barreaux, c’est avant tout proposer la même qualité de soins qu’à l’extérieur, mais c’est aussi assurer le respect inhérent à la personne humaine

 

 


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Sources

Charlottek

Actusoins

Cairn.info

Témoignage de Stéphanie Delanoe